Notre objet d'étude se situe dans le champ plus large des
représentations sociales. Nous abordons leur changement à travers le temps et
l'impact de cette mutation sur la définition identitaire de deux groupes
sociaux précis : les francophones de la Ville d'Anvers et les anglophones de
Montréal.
Les représentations sociales, par lesquelles chaque groupe social se forge
une vision commune subjective de la réalité qui l'entoure, ont une fonction
identitaire puissante – voire communautarisante - pour le groupe concerné.
C'est aussi grâce à elles que celui-ci se crée sa cohésion groupale et se
situe dans la société par rapport à lui-même et par rapport à autrui.
Or, si l'identité du groupe est définie par l'ensemble des représentations
sociales qu'il établit en vue d'une meilleure compréhension de la société,
un changement sociétal important engendrant une réinterprétation des
représentations sociales acquises par le groupe, provoquera également une
mutation de l'identité du groupe.
C'est précisément ici que se situe l'objet de notre étude. Nous tentons en
effet de voir dans quelle mesure le changement de position sociale des
francophones d'Anvers et des anglophones de Montréal, consécutif à une
évolution sociétale majeure (se déroulant entre 1930-1965 pour Anvers et
durant la Révolution tranquille de 1960-1980 pour Montréal) a engendré pour
eux une interprétation nouvelle de leurs représentations sociales, et
d'analyser comment celle-ci a réorienté leurs définitions identitaires, aux
niveaux inter- et intragroupaux.